Les Ateliers Marianne : création & design au service de l'emploi

Caché au fond de la zone industrielle de Pont de Claix, le bâtiment des Ateliers Marianne se fait petit poucet au milieu de ses voisins, les géants Beckton et Caterpillar. Un panneau discret signale l'association d'insertion qui insuffle depuis 18 ans, un nouvel élan à des hommes et des femmes en quête de repères professionnels et sociaux.
Visite et rencontre avec Magda Mokhbi, directrice bouillonnante des Ateliers Marianne.

Au rez-de-chaussée, casque auditif et chaussures de sécurité sont de mise avant de pousser les portes de l'atelier décoration et soudure. Dans cet immense espace parsemé de sciures de bois et bercé par le ronron des machines, huit hommes et femmes s'affairent à la fabrication de mobilier d'intérieur. De la matière première au produit fini, ils apprennent tour à tour le démontage de palettes, la coupe de précision, l'assemblage, la peinture... pour créer une étagère, un meuble de rangement ou encore un lampadaire. Redonner vie et sens par la transformation. C'est toute l'histoire des Ateliers Marianne.

Cette association d'insertion née en 1998, assurait à ces premières heures, la conception de décors et costumes pour le spectacle vivant et notamment pour l’Amphithéâtre de Pont de Claix L'objectif est de permettre à des personnes de l'agglomération grenobloise et du département, éloignées de l'emploi depuis de longues années, de remettre un pied dans la vie active. De recréer un équilibre social. De se remettre sur les rails.
Aujourd'hui, l'atelier décoration d’intérieur et mobiliers compte huit postes en contrats à durée déterminée d'insertion, pour un temps de travail individuel de 26h hebdomadaire. A l'étage et dans une ambiance plus calme, ce sont 8 couturières qui œuvrent, sur un vaste plateau, plein à craquer de tissus multicolores. Ici, les vêtements récoltés sont retouchés et stylisés par des doigts de fées confirmées ou en apprentissage, pour être revendus dans la boutique au rez-de-chaussée.
 « Nous organisons deux vagues de recrutement, en janvier et en juillet pour renouveler les équipes déco et couture. Le processus de recrutement comporte une information collective au sein des ateliers Marianne, puis des entretiens d’embauche. » Gare à celles et ceux qui pensent passer un entretien « de plus » ou « parce qu'il faut justifier sa recherche auprès de Pôle Emploi », sans s'être préparés. « J'ai besoin d'avoir en face de moi des personnes qui comprennent ce que l'on fait aux Ateliers Marianne. Qui sont prêtes à s'investir, à donner du sens à ce qu'elles conçoivent et à renouer avec les valeurs du travail». Pas besoin donc d'être un menuisier confirmé ou une couturière hors-pair. Il faut avant tout « avoir envie de travailler, être volontaire, manuel et être intéressé par le processus de création».

« Nous ne pouvons compter sur les marchés publics pour fonctionner. Peu d’offres concernent notre secteur professionnel »

Si Magda Mokhbi est à la fois directrice et gestionnaire et référente social, la solidarité et le lien social sont moteurs de son engagement. « Travailler aux Ateliers Marianne, ce n'est pas qu'apprendre un métier.  C'est aussi s’intégrer socialement et individuellement : construire son projet de vie. Nous proposons un volet développement personnel qui comporte des cours de français et de maths, des ateliers santé, des rencontres avec des psychologues, des sorties culturelles et sportives...  » Ces actions annexes viennent en complémentarité de la mission d'insertion et permettent de maintenir la singularité de l'association. Par exemple, une enveloppe du CG Isère en 2015, a permis l'organisation de la sortie culturelle de fin d'année à Bourgoin-Jallieu, pour la visite du musée et des métiers à tisser à l'ensemble des salariés.  A la question des appels d'offres comme sources de financement, la réponse est nuancée. « Aujourd'hui, notre domaine d’activité ne répond pas ou peu aux marchés publics émis par les collectivités. Si en 2015 nous avons décroché l'appel d'offres (article 30), de Grenoble Alpes Métropole pour la décoration et l'aménagement de l'Hôtel d'activités Artis 2, nous ne pouvons compter sur les marchés publics pour fonctionner, car peu d’offres concernent notre secteur professionnel »

Son objectif assumé n’est donc pas de répondre aux marchés publics mais de capter une clientèle qui recherche l’achat responsable artisanale et de proximité qui donne du sens à leurs achats, et « d'obtenir des aides publiques pour faire travailler les publics les plus éloignés de l’emploi et les préparer à un retour durable dans le monde professionnel ». Pour cela, des modules de formation et de perfectionnement comprenant des cours de français, de maths, des séances de préparation à des examens, concours... sont mis en place. « La réalité de l’emploi fait aujourd’hui, qu’il y a peu ou pas de postes en couture ou en déco, excepté pour ceux qui souhaite créer leur emploi ; il s’agit donc de préparer au mieux les personnes à leur sortie, à d’autres postes qui recrutent, tels que les secteurs du bâtiment, de la restauration, du service à la personne, etc. ».
Il y a cependant de belles histoires, des opportunités que l'on ne laisse pas passer et qui font mentir la tendance du marché de l'emploi. Comme celles de Lila, la petite quarantaine, mère de 4 enfants et couturière aux Ateliers Marianne. A l'issue de sa mission dès janvier 2016, elle reprendra un commerce de retouche à Vizille, après avoir suivi un accompagnement, une formation en comptabilité avec l'ACEISP et en ayant obtenu  un soutien financier de l'ADIE. Il y a aussi Blérim ;  en France depuis 5 ans, il enchaîne renouvellements de cartes de séjour et situations précaires. A la suite de son contrat en insertion aux Ateliers, il a obtenu un RDV pour un placement en agence d'intérim. « Une vraie victoire pour nous tous », confie la directrice, sourire aux lèvres.

Créer un sas au sein des chantiers d’insertion permettant d'appendre le français en situation de travail : « Serait-ce utopique ? »

Si depuis 18 ans d'action, les Ateliers Marianne sont un symbole de lutte contre la montée du chômage et de la précarité, l'association fait aujourd'hui face à de nouveaux problèmes qui impactent son bon fonctionnement. Par exemple, le nombre croissant de personnes postulant pour une mission en insertion et ne sachant pas s'exprimer en français. « Il est difficile d'embaucher une personne avec laquelle on ne peut pas communiquer. Mimer, montrer des situations de travail, c'est possible, mais on ne peut  le faire pour chaque salarié en insertion. Surtout lorsqu'on travaille en équipe. Il faudrait créer un sas au sein des chantiers d’insertion permettant d'appendre le français en situation de travail : « Serait-ce utopique ? » questionne-t-elle. Autre difficulté apparue sur les dernières années : les cartes de séjour dont la validité est limitée à 4 mois. « Nos contrats en insertion sont d'une durée minimale de 6 mois. On ne peut donc pas employer des personnes pour un contrat inférieur, sauf en demandant une dérogation. Et cela implique une organisation administrative alourdie et déjà suffisamment bien remplie... ». Des situations de plus en plus fréquentes et qui posent question. « Nous communiquons régulièrement avec nos partenaires financiers et opérationnels pour trouver des solutions. Ils sont en général à l'écoute, ce qui est fondamental pour travailler en toute intelligence. Nous avons tous intérêt à faire que cela fonctionne bien entre nous, dans l’intérêt de nos salariés, avant tout ».

Pour ces questions-là, l'association peut s'appuyer sur un conseil d'administration très actif et  investi, mais aussi sur des partenariats développés avec les autres structures d'insertion locales.
Les Ateliers Marianne sont ainsi adhérents à l'association TI38 (Territoire Insertion 38) qui regroupe plusieurs structures d'insertion. Son rôle est d informer, de coordonner et de représenter les structures auprès des tutelles afin de répondre au mieux aux politiques publiques d'insertion et plus particulièrement aux mutations sociales. « Nous sommes régulièrement en relation avec l'ensemble des directions, ce qui nous permet de parler de nos problèmes de nos angoisses mais aussi de nos réussites.» confie Magda Mokhbi.

Au niveau commercial et promotionnel, l'association a rejoint en 2012 le collectif 2ème Acte qui regroupe 6 structures d'insertion iséroises (Solidura, La Régie de Quartier Villeneuve Olympique, l'Arche aux Jouets, Repérages, Ulisse Grenoble Solidarité et les Ateliers Marianne) dans le but de mutualiser une démarche commerciale. L'objectif de ce regroupement est de « vendre nos produits à une clientèle, qu'on ne parvient pas à capter habituellement. » Pour cela le collectif loue de manière éphémère des locaux au centre ville de Grenoble, pour faire connaître l’économie sociale et solidaire, ses missions au regard de l'emploi et de l'insertion et sensibiliser à la question du réemploi.

Dans les projets à en cours, l'ouverture d'une boutique « bien située » est au programme. « Le point de vente actuel, au sein des Ateliers est beaucoup trop excentré et ne permet pas de valoriser suffisamment notre savoir-faire. Nous avons besoin d'un espace minimum de 30m2 pour vendre nos créations de prêt à porter et notre mobilier. » L'appel est lancé. En attendant, les créations Ateliers Marianne se montrent et se vendent également au sein du Collectif Deuxième Acte et de ses boutiques éphémères. « Un collectif qui  permet de faire connaître notre action plus largement et d'impliquer les salariés en dehors des ateliers. De les rendre fiers de ce qu'ils sont capable de produire ».

 

Les Ateliers Marianne en chiffres
26 personnes par an en insertion
65% de femmes salariées
50% de public RSA / Plie
20% de public + 50 ans
20% de public en situation de handicap
6 membres salariés permanents
6 bénévoles actifs

Les financeurs
Etat
Région Rhône-alpes
Conseil général Isère
Grenoble Alpes Métropole
Ville de Pont de Claix
Ville de Grenoble

 

Un dernier message à faire passer :
« Nous recherchons des rouleaux de tissus, des belles matières inutilisées et en bon état pour nos créations de prêt à porter. Si vous en avez ou connaissez des ateliers par exemple sur Lyon, ville renommée pour le textile, contactez-nous !»

 

Reportage Scop La Péniche pour Parcours Emploi Bassin Grenoblois

 

Pour en savoir plus :

14 Rue Aristide Berges
38800 Le Pont-de-Claix
Téléphone : 04 76 99 99 60