Reportage - Becton Dickinson, ou l'illustration d'une politique handicap engagée

Becton Dickinson (BD) est une entreprise américaine spécialisée dans la santé et les technologies médicales. Présente dans près de 50 pays à travers le monde, elle est implantée en France depuis 1958, et emploie près de 1600 personnes sur son site de Pont-de-Claix. L'entreprise mène depuis plusieurs années une politique volontariste en matière d'insertion des travailleurs handicapés, qui se décline à travers un travail de mobilisation des réseaux internes et externes. Rencontre avec Valérie Vial-Garnier, coordinatrice de cette politique depuis 2012.

Quelles sont vos missions au sein de Becton Dickinson ?

Je suis responsable de la mise en œuvre de la politique d'insertion professionnelle. Nos actions étaient initialement ciblées en direction de l'emploi des personnes en situation de handicap ou d'inaptitude, mais elles concernent aujourd'hui également celui des personnes qui sont éloignées de l'emploi pour d'autres raisons. Nous pourrions donc rebaptiser notre politique handicap en « politique d'insertion professionnelle ». Tous les trois ans, les accords d'entreprise définissent les axes de développement de cette politique. Actuellement, nos 3 axes principaux sont le maintien dans l'emploi des collaborateurs qui se retrouvent en inaptitude professionnelle, l'insertion professionnelle, et enfin la sensibilisation.

Concrètement, comment cette politique est-elle mise en œuvre ?

Le volet handicap a été le premier a être développé, dès 2003. La politique handicap a été intégrée dans l'entreprise, et lorsque nous avons atteint le taux légal de 6 % nous avons poursuivi le développement de nos actions. Nous sommes actuellement à 8,6 %. Sur les 1600 collaborateurs BD du site, nous comptons ainsi plus de 120 collaborateurs en situation de handicap.

Une plateforme d'alternance pour se former ou se réorienter

Valérie Vial-Garnier, coordinatrice de la politique handicap de BD

Nous accueillons chaque année des personnes touchées par le handicap, via une plate-forme d'alternance qui leur permet de s'engager dans un parcours de formation et de réorientation professionnelle, en alternance. Cette plateforme est coordonnée par Cap Emploi 38. Becton Dickinson y participe tout comme 3 autres entreprises de la région. Cap emploi effectue pour nous du sourcing d'alternants. Cette année nous avons pu accueillir 15 personnes en alternance.
Pour ces intégrations nous travaillons énormément avec le  service de  santé au travail ainsi que l'ergonome, le psychologue, l'assistante sociale .... Ces différents intervenants sont chargés de réunir toutes les conditions pour que l'accueil de la personne handicapée se passe au mieux. L'ergonome permet ainsi d'identifier d'éventuels aménagements à réaliser.

En quoi consiste cette mission de maintien dans l'emploi ?

C'est un axe important de notre politique d'insertion. Il s'agit de prendre en charge la personne qui risque de perdre son emploi, à cause d'une inaptitude à son poste de travail et de l'accompagner vers une solution pour qu'elle reste dans l'emploi, de préférence en interne. Nous nous appuyons sur l'équipe interne de santé, et sur nos réseaux externes de l'insertion et du handicap. Ces réseaux fonctionnent bien. J'ai par exemple en tête la situation d'une personne pour laquelle le réseau s'est vraiment mobilisé pour lui trouver un poste. Il s'agissait d'une personne de près de cinquante ans, qui avait perdu son emploi, qui était entrée en alternance chez BD par le biais de la plate-forme. Son alternance lui a permis d'obtenir un CQPM (Certificat de Qualification Paritaire de la Métallurgie) pour être magasinier. Après plusieurs missions réalisées grâce au GETH (Groupement d'Employeurs pour l'emploi des Travailleurs Handicapés), nous avons pu le positionner sur un autre poste, gestionnaire au service courrier, pour lequel il a été formé en partenariat avec le GETH, avec qui il est maintenant sous contrat, de manière plus stable. Tout le monde a joué le jeu, nous ne l'avons pas lâché, les partenaires ont fait jouer leur réseau et nous avons actionné tous les leviers pour lui trouver un poste.

Quels sont les partenaires avec lesquels vous travaillez ?

Nous avons aussi mis en place des partenariats avec des ESAT (Établissements et services d'aide par le travail) et des entreprises adaptées. Par exemple afin de nous permettre de répondre aux demandes d’envois d’échantillons pour nos réponses aux appels d’offres, ces envois sont effectués chez ESTHI. L’ESAT de Pré-clou nous met à disposition du personnel pour la mise sou pli et l’envoi de nos factures. l'ÉSAT Saint Agnès qui s'occupe de l'entretien des espaces verts et des parkings, l'APF Entreprises pour des services de reprographie, l’Easi pour le service courrier etc...

Comment la politique handicap est-elle perçue en interne ? Un accompagnement des salariés a-t-il été nécessaire ?

Dissocier les notions de handicap et de non-performance

Nous avons fait un important travail de sensibilisation en interne. Au début, la politique handicap a pu soulever des inquiétudes chez certains collaborateurs, qui redoutaient que cela entraîne des difficultés dans la réalisation de leur travail. Mais grâce à des campagnes de sensibilisation, les croyances ont bougé : nous avons réussi à dissocier la notion de handicap de celle de non-performance. De même, dans les situations d'inaptitude professionnelle, je peux constater une évolution, il y a aujourd'hui davantage de confiance de la part des salariés en situation de handicap ou d'inaptitude, grâce à notre politique de maintien dans l'emploi.

La compétence avant tout !

Notre première campagne de sensibilisation avait pour slogan « Ne vous fiez pas aux apparences, recrutez des compétences». Nous avons fait éditer des dés ronds pour illustrer cette idée que ce dé est certes différent, mais il fonctionne ! Quand on emploie une personne en situation de handicap, c'est bien pour ses compétences et si besoin on adapte le poste mais, dans tous les cas, la compétence doit être là.

Savoir s'adapter, un atout pour l'entreprise d'aujourd'hui

De plus, on soutient l'idée selon laquelle savoir gérer la différence c'est savoir s'adapter. Dans l'environnement changeant qui est le nôtre, l'entreprise doit savoir gérer la diversité.
 
 

"Une entreprise qui sait gérer la diversité est une entreprise qui sait gérer la réalité. "

Dans un monde idéal, tout le monde serait en pleine possession de ses capacités, en pleine santé, mais la réalité n'est pas celle-ci : il y a des accidents de la vie, il y a des personnes qui n'ont pas pu aller à l'école, ou qui ont décroché pour telle ou telle raison… Une entreprise doit savoir intégrer les personnes qui ont eu un parcours de vie différent. Ce travail de sensibilisation est essentiel pour que l'intégration des travailleurs handicapés soit réussie. Par exemple, si on souhaite faire appel à un ESAT, cela va demander un effort d'adaptation dans la gestion des prestations fournisseurs : travail supplémentaire, changement de procédure… Il est donc indispensable que les personnes qui sont en charge de cela mesurent vraiment l’intérêt de le faire.

Vous évoquiez également une politique d'insertion sociale ?

Oui, nous travaillons depuis 2008 avec l’AREPi-l'Étap (Association œuvrant pour l'insertion et gérant des centres d'hébergement d'urgence) afin d'intégrer des personnes très éloignées de l'emploi, soit en intérim, en CDD ou  en CDI. Chaque année nous avons mis en place un parcours d'insertion. Les personnes sont accompagnées par le chargé d'insertion et l'assistante sociale, qui mettent tout en œuvre pour faciliter leur intégration. L'accompagnement est global, il peut concerner par exemple l'aide au logement ou à diverses démarches administratives. Certaines situations demandent vraiment une implication sur plusieurs années, les suivis peuvent durer deux à trois ans. D'un point de vue professionnel, la personne a aussi un tuteur manager qui met en place les formations nécessaires. D'autre part, nous déployons aussi une politique d'insertion professionnelle en direction des jeunes issus de quartiers difficiles.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces actions en direction des jeunes issus des quartiers difficiles ?

Depuis quatre ans, nous avons développé un partenariat avec l'association Sport dans la Ville, qui par son programme Job dans la Ville propose à des salariés de parrainer des jeunes issus de quartiers difficiles dès le collège et jusqu'aux études supérieures et l'entrée dans l'emploi. Leur rôle est de les suivre dans leur scolarité, de les aider selon leur besoin, pour avoir des contacts, rechercher un stage, faire des choix d'orientation, être rassurés, rencontrer des professionnels. Quatre collaborateurs sont parrains, c'est un engagement qui s'inscrit dans le temps.

Nous allons aussi entrer dans le dispositif « 100 chances 100 emplois », coordonné par Grenoble Alpes Métropole et Schneider Electric. Ce dispositif repose sur l'idée que les jeunes issus de quartiers difficiles n'ont pas accès aux réseaux qui permettent dans 85 % des cas de trouver une entreprise où réaliser son emploi en alternance. Si certains collaborateurs de BD se lancent dans l'aventure, cela consistera à parrainer les jeunes en les accompagnant dans la découverte de l'entreprise.

En dehors du recrutement, faites-vous appel à des Structures de l'Insertion par l'Activité Économique (SIAE) du territoire ?

Il est entré dans les mœurs de faire appel à nos partenaires SIAE pour le traitement de tout ce qui peut être recyclé ou réemployé. Nous avions par exemple contacté La Remise (http://laremise-asso.org/) pour leur donner du matériel d'entreprise. Désormais ils nous mettent à disposition une benne sur le parking pour récolter les vêtements usagés. Grâce à leur activité ils emploient une quarantaine de femmes dans le domaine de la vente. Nous souhaitions aussi travailler avec les Ateliers Marianne (http://lesateliersmarianne.fr/), qui sont implantés juste à côté de notre site, et qui font de la remise en état de mobilier. Nous nous adressons à eux quand nous avons des meubles professionnels à donner et nous relayons le message auprès de nos salariés pour qu'ils s'adressent à eux si besoin, à titre individuel.

Dans le cadre de sa politique d'insertion, BD valorise ses partenaires dans son magasine d'entreprise « Objectif ».

Forte de votre expérience, quelles sont d'après vous les qualités essentielles que requiert cette mission ?

Il est important que l'entreprise se sente sociétalement responsable, et que la politique d'insertion soit vraiment intégrée et portée dans une politique globale d'ouverture à la diversité. La réalité de la société c'est la diversité, et l'entreprise doit être le reflet de cette société. Cela fait appel à beaucoup d'imagination parfois et de persévérance. Mais c'est passionnant et très enrichissant parce que chaque situation est différente. Chaque parcours demande d'innover, en fonction de la personne, de son niveau d'étude, de la pathologie développée, de son état d'esprit, et des possibilités internes.

Reportage Scop La Péniche pour Parcours Emploi Bassin Grenoblois

Photos CC by La Péniche